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Mes bébés

Frères de lait, l’allaitement dans les années 30

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Lorsque j’ai accouché de Petit Pois, ma belle-mère m’a demandé si j’allais le « nourrir ». Sur le coup, ça m’a fait rire parce que je ne me voyais pas le laisser mourir de faim ce pauvre petit bébé. Je lui ai dit que j’allais l’allaiter, tout simplement. Puis les jours passaient et je l’entendais dire au téléphone à untel ou untel « Oui oui Julie nourrit son petit ». Je trouvais ça vraiment bizarre, comme si, si j’avais choisi le biberon je ne l’aurai pas nourri (elle qui n’a pas allaité en plus).

En fait, lorsque je lui en ai parlé et surtout quand j’en ai parlé avec mon beau-père, j’ai compris qu’ils avaient gardé dans leur « patois » le sens premier : nourrir / nourricier / nourrice, celle qui nourrit avec son sein. De là, comme j’étais intéressée mon beau-père, qui est né en 1932, m’a raconté qu’à l’époque il était bien difficile de nourrir les enfants autrement qu’avec le lait maternel car les préparations n’existaient pas encore. On entendait que dans le village voisin, telle famille avait du nourrir son bébé au lait de vache (directement à la source hein) et que le petit n’avait pas survécu. A cette époque, le lait de vache était donné pur, sans traitement, et bien entendu les enfants n’étaient pas du tout préparés à recevoir ça si petit.

Alors quand une maman ne pouvait pas allaiter pour X raisons, parce qu’elle était sur les champs, parce qu’elle n’avait pas assez de lait pour toute la famille (14 enfants dans la famille de ma belle-mère !), parce qu’elle ne voulait pas, il existait des nourrices qui donnaient le sein aux enfants des autres. J’ai donc appris que la grand-mère de mon chéri avait été nourrice, au sens où elle allaitait le fils de la voisine, en plus de mon beau-père. Les petits avaient quasiment le même âge et comme elle avait énormément de lait et que ça arrangeait la voisine, elles les allaitaient tous les deux. Mon beau-père m’a dit qu’ils avaient chacun leur sein (il ne s’en souvient pas, on lui a raconté plus tard) et qu’avec les voisins ils étaient donc frères de lait.

Cette histoire, il me l’a raconté plein de fois, il adore raconter les histoires de sa jeunesse et celle-ci j’avais envie de la partager parce qu’on ne lit plus grand chose sur l’allaitement du siècle dernier, pourtant ce n’est pas si loin à l’échelle de l’Histoire.

En faisant des recherches pour l’article du coup j’ai vu qu’il y avait jusqu’en 1936 des maisons de nourrices mais que l’arrivée des biberons et surtout de l’hygiène, avec les découvertes de Pasteur, les ont fait disparaitre. Pendant la révolution industrielle, les femmes emmenaient leur bébé à l’usine et l’allaitaient à la demande en continuant de travailler, quant à celles qui étaient au champ, elles faisaient la même chose ! Bien sûr, les biberons et le lait artificiel ont grandement aidé à cette époque-là pour l’organisation, le retour au travail des femmes (notamment pendant la guerre) mais partout dans les campagnes, il existait toujours des voisines prêtent à donner du lait pour les petits du village.

Encore aujourd’hui, avec les lactarium on retrouve cette entraide pour celles qui souhaitent donner du lait maternel à leur enfant mais qui ne peuvent pas le faire pour des raisons de santé. D’ailleurs si vous avez un trop plein de lait, n’hésitez pas à trouver un lactarium près de chez vous et à les contacter pour connaitre les modalités.

Bref, j’aime bien cette histoire et surtout j’aime bien entendre la vie d’avant, la solidarité qu’il existait dans les villages parce qu’on allait pas plus loin que les 20 km autour de chez soi :) J’aimerai bien faire un bon dans le temps pour quelques jours et voir comment c’était (et revenir hein, faut pas déconner, j’aime bien avoir internet et mon petit confort…) et je me suis demandée si moi aussi j’aurai été prête à donner mon sein à un autre enfant parce que c’est un lien particulier… en fait je ne sais pas !

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9 Comments

  • Reply Charlotte 16 mars 2016 at 0 h 20 min

    Je me suis déjà posée la question plusieurs fois et à chaque fois j’aboutis à la même réponse. Si je devais allaiter aussi l’enfant d’un autre ça ne me dérangerait pas du tout, autant en faire profiter un autre ou des autres tant qu’il y en a assez pour mon fils. Et je crois aussi que ça ne le dérangerait pas qu’une copine donne le sein à MARKUS si besoin était. J’ai même pousse le vice et l’imagination l’autre jour en pensant à toi et à une autre bonne copine qui allaitait et je me disait que si je devais donc allaiter leurs petits ou le contraire eh bien ce serait mieux que filer du lait en poudre … j’espère que tu n’es pas choquée hein. Mais voilà plutôt que de les laisser crever la dalle la solidarité me semblerait de mise et intéressante. C’est hyper tabou comme sujet mais voilà tu connais mon point de vue. Si un jour je dois te laisser MARKUS en urgence et si j’ai pas pu tirer de lait et si il a super faim et soir et que tu sais pas quoi faire et qu’à ça te gênerait pas , sache que si tu devais lui donner un peu de ton lait , ça ne me dérangerait pas du tout. Voilà j’ai osé le dire ( putain oui c’est tabou quand même )

    • Reply Julie Podecolle 16 mars 2016 at 1 h 44 min

      Merci c’est une belle marque de confiance je trouve ❤️❤️❤️. Moi non plus ca ne me dérangerait pas que tu donnes à Potiron ton lait au même titre que je lui donnerais… En fait je crois que quand tu connais la personne c’est pas pareil, j’aurai du mal à donner à un bébé que je ne connaissais pas en fait. Peut être parce que je projette beaucoup d’affect dedans !

  • Reply Weena 16 mars 2016 at 12 h 09 min

    Je découvre ton article sur helocoton et c’est super intéressant cet aspect historique dont on parle peu. Personnellement, ça ne me choquerait pas non plus, de donner le sein à un autre enfant en cas de besoin ou que quelqu’un de proche nourrice mon fils si je suis absente ^^.
    D’ailleur, ayant eu beaucoup de lait pour mon premier allaitement (pour le second réponse dans quelques mois), j’aurais voulu donner au lactarium … mais dans ma région, c’est compliqué : c’est à toi de te déplacer toutes les semaines pour apporter ton stock au centre … euh, avec un nourrisson, ils sont gentils, mais pas eu le courage … Et comme mes deux grossesses sont relativement rapprochée, ça m’étonnerait qu’ils aient mis en place un système de collecte comme dans d’autre région.

  • Reply Olivia 16 mars 2016 at 16 h 08 min

    J’ai entendu parler du « wet nursing » pour la première fois quand j’ai eu ma première fille il y a 3 ans et pareil que toi j’ai trouvé ça super intéressant! Je n’en avais jamais entendu parler: tu m’étonnes ma mère ne ma pas allaitée, victime de la propagande pro-lait industriel, donc elle ne connais rien à l’allaitement en général :-(
    Je me suis dis que en cas de besoin c’est vraiment une chouette idée, et je n’hesiterai pas y avoirr ecour si besoin, même si de nos jours ça me semble plus difficile à mettre en place et vu les styles de vie si différents de chacun (alimentations, médications, etc..); faut vraiment avoir confiance en l’autre maman (vive les copines). Mais c’est vraiment cool qu’en France les lactariums existent!

  • Reply Cora 17 mars 2016 at 8 h 46 min

    Je n’allaite pas, ma fille est au biberon depuis sa naissance (lait de riz depuis trois mois suite à une intolérance aux PLV), mais je trouve sympa de savoir comment ça se passait avant. C’était une autre époque, et comme tu dis on apprécie son confort. Les choses ont évolué et c’est tant mieux! Néanmoins, il fallait trouver des solutions et les anciens on fait au mieux pour leurs enfants finalement :-)

  • Reply gina 17 mars 2016 at 16 h 06 min

    Tu parles de solidarité mais c’était quand même un moyen de gagner leur vie aussi. Mon arrière grand mère le faisais et c’est comme ça que veuve elle gagnait un eu d’argent en plus de son boulot de couture, ce n’était pas un choix (dans l’histoire mon grand pére et son frére de lait s’entende toujours bien 80 ans plus tard!) mais la vie était rude aussi à l’époque sans alloc ni rien …

  • Reply ALLAITER L’ENFANT D’UNE AUTRE ? – Nurse Mama 23 mars 2016 at 21 h 22 min

    […] semaine dernière, ma copine Julie postait un article super chouette. Un de ceux qui font réfléchir, mais vraiment. Ça parlait de l’allaitement maternel dans […]

  • Reply Nadine 7 avril 2016 at 9 h 03 min

    Je suis tombée par hasard sur cet article et j’apporte mon témoignage.
    J’ai souvent entendu mes aïeuls parlaient de cette époque où une mère donnait le sein à l’enfant d’une autre. Et oui, souvent, ce n’était pas gratuit: il y a même eu des nourrices professionnelles! Mais il y a aussi eu celles qui le faisaient gracieusement pour aider une jeune maman malade ou trop faible à la suite de son accouchement pour pouvoir nourrir son petit et celle qui donnait le sein à un petit orphelin dont la maman est morte en couches! Une solidarité qu’on ne connait plus aujourd’hui: le lait en poudre et les biberons peuvent bien remplacer un sein!…
    J’ai eu 3 enfants que j’ai allaités jusqu’à la reprise du travail et comme j’étais une bonne nourrice, j’ai donné au lactarium tout le surplus.
    Et une fois, j’ai donné le sein à un bébé autre que le mien: nous étions invités à un mariage, mon cadet avait 1 mois environ et je me suis retirée pour pouvoir le nourrir tranquillement. Dans la pièce où j’étais, une autre maman est arrivée avec son petit, complètement paniquée: elle avait essayé de l’allaiter dans la grande salle, mais l’environnement, le stress, les conditions, ont fait que ça n’a pas marché! Bébé s’énervait et hurlait en tirant sur le sein de sa mère. Un cercle vicieux…
    J’ai donc proposé à la jeune maman de nourrir son petit, le temps qu’elle se calme et retrouve assez de zénitude pour la prochaine tétée. Un peu choquée sur le moment, elle a fini par accepter en me remerciant mille fois pour l’aide que je lui ai apportée.
    Je peux vous dire que ça fait drôle: c’était un enfant de 2 mois environ plus âgé que le mien, pas la même succion, pas la même bouche, mais dans ses yeux, le même regard tendre d’un petit qui sait qu’on lui vient en aide, qu’on lui transmet autre chose que de la nourriture…
    Je n’ai jamais revu ce « frère de lait », mais je me demande malgré tout ce qu’il est devenu, ce qu’il fait dans la vie. Donner le sein à un enfant, c’est aussi lui donner une part de nous-même, un peu d’amour, quelque chose qui ne passe pas par le biberon!
    Je ne cherche pas à condamné les mamans non allaitantes: chacune est libre de faire comme elle le sent et je suis certaine que bon nombre d’entre elles sont d’excellentes mères! Mais étant aide-soignante, j’ai eu l’occasion de donner le biberon à plus d’un enfant, mais jamais il n’y a eu ce lien entre ceux-ci et moi.
    J’ai 55 ans, maman de 3 enfants et grand-mère d’un petit bout de 4 ans!

    • Reply Maman Podecolle 12 avril 2016 at 20 h 38 min

      Merci beaucoup pour votre témoignage, c’est vrai que dans le regard il se passe quelque chose et je suis d’accord pour dire qu’on donne quelque chose à soi, pour l’autre. Je pense que je le ferai aussi selon la situation, mais ce n’est pas évident non plus donner quelque chose de cette relation qu’on a avec son enfant. A bientôt

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